Musiques: Hallelujah (Bamboo) et Darna (Kamikazee)
Séjour aux Philippines du 24 mai au 21 août 2006 au sein de la fondation Virlanie.
Sylvain Baudoin
Cologne, Allemagne
Un petit aperçu du quartier, dont certaines rues sont inondées une bonne partie de la journée. Le mur ne suffit pas à contenir l'eau de la rivière (à gauche).
Les enfants vivant sous le pont
Chaque jour de la semaine, nous rencontrons un groupe d’enfants différent. Les enfants des familles vivant sous le pont, les enfants des containers ou encore les enfants du quartier de Sister Anne. Avec ces enfants, nous faisons des activités manuelles dont le thème était Moïse. Avec l’un de ces groupes, les volontaires avaient fait faire des marionnettes dans le but de monter un spectacle retraçant l’histoire de Moïse. Malgré les répétitions laborieuses et parfois décourageantes, le « puppet show » a été une grande réussite ! Une bâche, une corde et quelques pinces à linge en guise de scène et les enfants ont agité leurs marionnettes devant leurs familles. C’était là un grand moment ! Le « tchic-et-tchac » géant qui a suivi, c’est-à-dire « les pouces en avant » avec une quarantaine d’enfants, a là aussi été un instant très intense !
La terre promise ! Toutes les marionnettes font la fête !
Les containers. A droite, on voit l'entrée d'un interminable labyrinthe entre les containers, là où vit un bon nombre de familles... A gauche, une "maison" sur un radeau. Au milieu, les enfants escaladent le mur contre les inondations (la "baha" en tagalog) que l'Etat est en train de faire construire.
Gloria Arroyo, Sister Anne, et nous 4, les volontaires de Navotas : ate Palliri (Valérie), ate Couscous (Constance), Ate Capoucine (Capucine) et "ako-me", kuya Esteban...
Un petit enfant du pont. A gauche, un moyen de transport très courant : le pédicab...
Et ma photo "coup de coeur"...Balut
A la tombée de la nuit, les Philippins sont friands d'une petite balut, spécialité des Philippines réputée pour ses vertus aphrodisiaques... Pour s'en procurer, il suffit d'attendre qu'un vendeur de balut généralement en vélo passe dans la rue : "Baluuuuuuut ! Baluuuuuuut !" Qu'est-ce qu'un balut ? C'est un oeuf de cane fécondé et cuit à la vapeur ! Ca se mange chaud, l'aspect est répugnant et l'odeur qui s'en dégage est terrible. Rares sont les courageux volontaires qui s'y essayent ! Une fois en bouche, fermez les yeux et dites-vous que ce n'est qu'un oeuf après tout...
Compter aux Philippines
Savoir compter est un art ici. On alterne entre les nombres en anglais, en tagalog ou en espagnol. Un prix se dit en anglais, mais le nombre de personnes montant dans le jeepney est en tagalog (isa, dalawa, tatlo, apat, lima...) et parfois en espagnol d'ailleurs. En fait, c'est le chaos complet. Si vous comptez avec les doigts (1, 2, 3, 4, 5), commencez avec l'auriculaire et non avec le pouce (un peu d'entraînement et vous y arriverez). En revanche si vous commandez une San-Miguel par exemple, levez l'index (isa lang!). Dalawa San-Miguel : levez index et majeur, tatlo San-Miguel : repliez le pouce et l'index et levez vos trois autres doigts, apat San-Miguel, repliez le pouce. A lima San-Miguel, vous êtes prêt pour un karaoké... ;-)
Fast-foods
Les Philippines subissent un profonde influence des Etats-Unis et il y a des fast-foods partout. McDonald's bien sûr, mais aussi KFC, Chowking, Burger King, Pizza Hut... mais celui que je préfère est le Jollibee, typiquement philippin. Ils savent mieux y faire le riz que les frites, et les plats sont très variés mais évidemment le poulet est roi. Et les desserts sont masarap ! Si vous n'avez que 30 pesos en poche, rendez-vous au Burger Machine, sorte de baraque a frites du Nord de la France avec des hamburgers à des prix défiant toute concurrence. Ce n'est pas exceptionnel, mais ca peut dépanner...
Combats de coqs
Hier, je suis - enfin - allé voir à quoi ressemblait un combat de coq dans une arène spécialement concues à cette effet. Le spectacle est impressionant. Les Philippins paraissent amusés de voir des blancs dans les gradins. Mais leur attention est vite détournée par les paris qu'il faut prendre. Chacun cherche un partenaire pour parier. Qui de "Meron" ou de "Wala" va remporter le combat ? Les coqs sont excités et le combat commence. Chaque coq a une lame de rasoir accrochée a la patte. pas de pitié. Les plumes volent. Les Philippins retiennent leur souffle. Emotions dans l'assemblée quand un coq tombe à terre. Moi je m'y perds, je ne sais plus quel coq est quel coq... Enfin, eux, ils ont l'air de s'y retrouver !
Po comme politesse
Pour marquer un signe de politesse, il suffit d'ajouter "po". Un "oui" poli se dit "Opo". "Magandang Umaga po" (bonjour) ou "salamat po" (merci). Ca marche aussi en anglais (en taglish plutôt) : "thank you po", "bye bye po", "take care po"... Libre à vous d'inventer ce que vous voulez, en fait... Ce que j'aime bien, c'est quand je dis "thank you po" et qu'on me répond "Wow, you speak tagalog !?"
Plaques d'immatriculation
Il y a des curiosités dans ce pays, comme les plaques minéralogiques. Il est courant de voir des voitures porter une plaque européenne recouverte par une plaque philippine (format américain). Donc, on peut voir notre petit bannière bleue étoilée suivie de l'initiale d'un pays, comme D très souvent. Parfois, on voit EU, et même CD, mais ces initiales, je ne comprends pas encore très bien à quoi elle correspondent... si quelqu'un peut m'aider ?...
Hier, j'ai donné un petit coup de main à Benoit et Adrien au MYRC (Manila Youth Reception Center), c'est-à-dire sur leur lieu de travail. Ils ont supervisé et organisé des travaux de rénovation depuis déjà deux mois au RAC (Reception and Action Center) et au MYRC. L'anniversaire du maire approchant, tout doit être nickel avant qu'il n'arrive. Virlanie qui dirige les travaux dans cette prison est donc priée de terminer au plus vite...
Les ouvriers qui travaillent avec eux avaient déjà ouvert des fenêtres au mur d'une cellule, et y ont scellé des barreaux. Avant ces travaux, autant dire que la cellule ne pouvait jamais être aérée ! Imaginez 40 jeunes dans 20 m2 non ventilés ! Le MYRC est un lieu terrible. Nous avons donc donné quelques coups de pinceau sur les murs de la cellule. Nous avons recouvert des graffitis sur les murs : ce sont souvent des noms de gangs d'enfants des rues, tels que "Sputnik". Les young adults de la ferme m'en avaient longuement parlé, et par exemple Henry n'appartenait pas au même clan que Ryan...
On réalise combien l'hygiène peut être déplorable quand on voit l'état des toilettes et des douches. Virlanie essaie de rendre la vie de ces jeunes détenus un peu plus agréable, c'est vraiment très utile !
Je n'avais jamais vu de sangsues auparavant. C'est chose faite. Et ce n'est pas franchement très agréable à porter ! Elles s'accrochent aux jambes et elles gonflent, gonflent, jusqu'à être rassasiées de notre sang ! Comme elles possèdent deux ventouses à chaque extrémité, difficile de s'en débarasser car elles s'accrochent alors aux doigts. C'est gluant et pas appétissant du tout ! Aujourd'hui, je suis donc parti à l'ascension du volcan Makiling dans la province de Laguna avec les 5 compagnons de Grenoble, mes chers colocataires. Il a plu toute la journée, mais ce n'est pas grave, on est des boyscouts, on ne se plaint pas ! (j'ai moi-même recu le foulard scout de la part des compagnons de Chaville, que d'émotion !) Le petit cratère du volcan contient de l'eau bouillonante, et la vallée est truffée de "hot springs" dans l'une desquelles nous nous sommes baignés avant de repartir à Manille ce soir toujours sous la pluie. Donc, conseil aux futurs volontaires : faites de la rando quand il fait beau, ce doit être bien plus agréable !
Durant 3 jours, le temps s'arrête à la fondation. Virlanie fête cette année ses 14 années d'existence. Et ces 3 jours sont rythmés par des compétitions de sport (basket-ball bien-sûr, volley-ball, badminton, courses sur noix de coco, courses de sac...), de danse, de chant et de musique. Ces jours de fête qui rassemblent enfants, staff et volontaires s'achèvent par un spectacle où chacun apporte sa contribution artistique. La chorégraphie sur la chanson en tagalog "Darna" (Kamikazee) que nous avions préparée entre volontaires a fait sensation ! Mais le plus grand moment de cet anniversaire est pour moi la chorégraphie des "young adults" de la ferme. Parfaitement synchronisée, leur danse était d'une grande élégance ! Chapeau Buhay Kalikasan et merci !
J'ai l'impression d'avoir débarqué hier aux Philippines. J'ai l'impression d'avoir découvert aujourd'hui un tout nouvel univers. Avec Constance (compagnon de Chaville), je me suis rendu à Navotas cet après-midi rendre visite à la soeur Anne que nous avions rencontrée le 14 juillet dernier lors de la réception de l'ambassade de France. La soeur Anne oeuvre depuis deux ans dans le bidonville de Navotas. Elle a fondé sa propre congrégation (les Soeurs de la Bonne Nouvelle) dont l'esprit est issu d'ATD Quart-Monde et elle vit seule, entourée de quelques volontaires.
Navotas est d'un tout autre contexte que Makati, là où agit Virlanie. C'est un immense bidonville au bord de mer, et entouré par un bras de mer. En ce moment, le quartier doit faire face aux marées, donc les rues sont inondées pendant une grande partie de la journée. Nous avons accompagné les volontaires dans leurs activités auprès des enfants. Actuellement, ils traitent chaque jour d'une partie de l'histoire de Moise avec des coloriages, des collages, de la peinture, du bricolage... Les enfants qui participent à ces activités vivent dans leur famille, mais ils sont d'une extrême pauvreté. Contrairement aux enfants de Virlanie, ils sont très calmes et ne réclament pas de câlins, ni de caresses, certains évitent même tout contact. Ils viennent volontairement à ces activités de catéchisme adapté à leur âge. La soeur Anne explique d'abord l'histoire en tagalog, puis elle laisse les volontaires avec les enfants. Les "Kuya Esteban" remplacent vite les "Jesus-Christ" dus à ma barbe... ;-) Pour les activités, nous nous trouvons sur une bâche, au bord de la rivière, entre des containers de marchandises de cargot. Le temps que je passe avec eux est très serein, très posé. Nous dessinons et découpons des paniers d'osier, dans lesquels nous collons des morceaux de cotons (bulak en tagalog) pour symboliser la manne du désert (ilang). Chacun signe son dessin au dos en écrivant ou en faisant écrire son nom (pangalaan). Ils sont fiers et heureux de leur oeuvre, c'est très touchant. Sourires radieux. Les volontaires nous racontent que quand ils doivent dessiner une rivière, les enfants prennent un crayon noir, à l'image de la rivière qui traverse le quartier où des odeurs d'ordure et de poisson planent en permanence ! Puis chaque enfant retourne chez lui en nous remerciant. Je reviens comblé ce soir, après une telle expérience.
Vous allez dire que je suis obnubilé par les cartes topographiques, mais il y a de quoi l'être ! Les Philippins sont les champions des courbes de niveau ! Ce week-end, nous sommes partis à l'ascension des fameuses rizières en terrasses de Banaue dans la cordillère centrale de Luzon. Frais et dispos après 9h de bus de nuit, nous voici guidés par Gilbert dans des paysages à couper le souffle. J'en avais rêvé toute l'année avec mon fond d'écran d'ordinateur et voilà que je me retrouve au plein coeur de "l'une des huitièmes merveilles du monde"... C'est "marvellous", car les mots me viennent spontanément en anglais devant ce paysage, j'ignore pourquoi. Certains diraient que c'est "ze beau"... Suivez mon regard ;-)
A Batad, les terrasses sont en amphithéâtre sur plusieurs centaines d'étages ! C'est époustouflant ! Le village est situé en son centre. En traversant, nous goûtons au rice wine, qui a un goût tout à fait particulier, mais pas désagréable. Nous arrivons enfin à une immense chute d'eau dont le décor serait digne d'une publicité pour shampoing... L'eau est rafraîchissante, c'est un morceau de paradis sur terre.
Le lendemain, nous continuons notre randonnée vers la vallée de Batad, les rizières morcellent ses versants ici et là. Comme nous sommes fin juillet, le riz commence à jaunir, c'est bientôt l'heure de la récolte. Dans quelques semaines, tout sera marron.
A Viewpoint, la vue est encore plus spectaculaire. On retrouve d'ailleurs ce paysage sur les billets de 1000 Pesos. Des femmes coiffées à la manière des Ifugaos attendent le touriste pour se faire prendre en photo (en cette saison, nous sommes seuls au monde, ou presque !). Elles chiquent, comme beaucoup d'habitants, ce qui leur fait un rouge à lèvres naturel peu ragoûtant...
Quand je ferme les yeux, je vois encore ces montagnes en escalier, j'en ai vraiment pris plein la vue ce week-end !
PS : allez voir aussi l'album photo "Banaue"
Cette semaine, j'ai pu aussi accompagner d'autres volontaires pour faire des activités avec les enfants de Virlanie (depuis le temps que j'en rêvais !). C'est au MPCC (Marco Polo Care Center) que j'ai pu faire de la peinture et de la pâte à modeler avec des enfants de moins de 10 ans. Eh bien, c'est très fatiguant ! A peine passé la grille, tous les enfants se jettent sur les volontaires ! Ce sont des vrais petits singes ! Et comment dire non ? Moi, j'adore ! Ils sont à deux, trois, voire quatre sur moi à la fois. On fait des pirouettes, on fait l'avion, on fait "Superman"... bref, c'est physique ! La Nanay me demande : "Kuya Steban, did you go under the rain ?". Non, non, c'est seulement la transpiration qui a mouillé ma chemise...
Atelier de peinture et de pâte à modeler au MPCC